Intégrer sa part d’ombre

Intégrer son agressivité OU lâcheté sous couvert de moralité ?

écrit à partir de l'intervention de jordan peterson

Dans ces travaux sur l’alchimie, le psychanalyste Carl Gustav Jung a donné une explication de la proposition : « Solve et coagula » qui veut dire « dissoudre et intégrer ».

Imaginez par exemple, avoir eu un père dont l’agressivité n’était pas très contrôlée, exprimant beaucoup d’hostilité envers le monde. Une personne honnête par ailleurs, mais ayant ce défaut.

Votre réaction à ces excès, pourrait être « je ne serai jamais agressif ». Vous élaborez donc une structure morale, faisant partie de votre personnalité, enlevant à l’agressivité toute utilité morale. En quelque sorte ce trait de personnalité se consume en vous.
Mais il reste toujours quelque chose de ce trait, qui pourrai refaire surface. Il vaudra mieux le réintégrer dans votre personnalité habituelle, plutôt qu’il s’exprime de manière incontrôlée autour ou contre vous.

C’est associé à l’idée développée par Nietzche quand il parle de « lâcheté sous couvert de moralité ». Car l’une des critiques de Nietzche contre la moralité traditionnelle, c’est que ce que l’on fait passer pour de la moralité, ne l’est en fait pas. C’est en fait juste de la lâcheté. Ce n’est pas que je suis une bonne personne, donc je ne vous fais pas de mal, c’est que j’ai trop peur de vous faire du mal. Et parce que je ne veux pas admettre que je n’ose pas vous faire du mal, je vais dire que je suis une personne morale, comme ça je pourrais dissimuler ma peur et ma lâcheté sous le prétexte de la moralité. Et ça arrive beaucoup plus souvent qu’on ne le pense.

Car inoffensif et moral ne sont pas du tout la même chose.

Freud a travaillé sur l’agressivité et la sexualité, qui sont peut-être les 2 traits de personnalité les plus difficiles à intégrer. Une moralité hyper simplifiée, éliminant d’office l’éventualité d’un recours à l’agressivité, vous empêche de puiser dans des couches plus profondes de votre psyché. C’est en partie parce que ce sont des forces primitives, que nous ne voulons pas avoir à faire à elles. On se tient intentionnellement à l’écart de situations où elles risquent de se manifester. Mais le problème en niant le pire en vous, en l’étouffant, vous excluez le meilleur. Il faut donc apprendre à s’accepter dans son intégralité.

On ne peut pas être une bonne personne si l’on a pas intégré son agressivité, car sans la capacité à être agressif on ne peut pas dire non. Car ce que « non » veux dire, c’est qu’il n’y a rien que vous puissiez faire, qui me fera changer d’avis. Sans avoir intégré votre agressivité vous serez incapable de dire ce genre de chose, et même si vous le disiez, personne ne vous croira, car ils sauront que ce n’est que du bluff.

Une chose intéressante dans le travail de Jung, c’est la partie sur l’intégration de la part d’ombre. Le concept de la part d’ombre dans la psychologie jungienne recouvre toutes nos pensées, traits et désirs que nous réprimons inconsciemment car nous les trouvons inacceptables.
Il se posait ces questions car il essayait de comprendre ce qui c’était passé avec les nazis et la seconde guerre mondiale.
Que devons-nous faire avec la partie de nous -même qui est agressive et potentiellement malveillante, l’étouffer ? L’étouffer grâce à la structure psychique que l’on appelle « surmoi » ?
Es -ce même possible ? Ou devons-nous admettre à son existence, et l’inviter à la partie ?

Pour Freud, la moralité était le « sur-moi » portant des restrictions sur le « moi », et les deux étaient fondamentalement opposés.
Jung et Piaget soutenaient une thèse différente, que je préfère personnellement : il faut reconnaitre et accepter que ces facettes plus sombre de soi existent, et les intégrer à notre personnalité.
Pensez à un joueur de hockey, il est agressif mais c’est de de l’agressivité disciplinée. Cela vous permet d’avoir une énergie à laquelle vous n’auriez pas accès sinon.

Et sur la question de la sexualité, la promiscuité débridée n’est pas une vertu. Mais la virginité subie n’est pas une vertu non plus.
Vous devriez être en mesure de faire des choses, que vous choisissez de ne pas faire.
C’est ça précisément la définition d’une personne authentiquement morale. Elle pourrait le faire, mais choisie de ne pas le faire. Et ça ce n’est pas de la lâcheté.

Vous devez accepter toutes les parties de vous-même. Les accepter en intégrant votre part d’ombre pour tendre vers une personnalité unifiée et cohérente.
C’est par ce processus que l’on peut prétendre devenir une personne authentiquement morale.

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