Appétit de destruction

ecrit a partir d'interventions de Jordan Peterson

Dans la Bible et le Coran, Caïn tue son frère Abel.

Les enfants de Caïn tuent 7.

Les petits-enfants de Caïn tuent un multiple de 7.

Puis entre en scène Tubal-Caïn le forgeron, inventeur des premiers instruments de guerre.

Et donc cette histoire, de manière fragmentaire, lie la psychopathologie individuelle qui est rancuneuse et vengeresse, à la propension à faire la guerre à plus grande échelle

Cela m’a interpellé, car j’étais particulièrement intéressé par ce qui s’est passé dans les camps nazis, avec les surveillants. Car les surveillants étaient gratuitement cruels, et cela m’intriguait.

Il y a une histoire intéressante dans le livre « Les Bourreaux volontaires d’Hitler : les Allemands ordinaires et l’Holocauste ». Ecrit il y a une trentaine d’années, il challenge l’idée selon laquelle le processus décisionnel du phénomène nazi était « de haut en bas » (ou « top-down »). Personnellement, je n’y crois pas une seule seconde. Je ne pense pas que cette hypothèse vaille grand-chose.

Les sociétés fascistes, le sont à chaque échelon de l’organisation : spirituellement, au sein de la famille, au sein de la communauté locale. Elles suivent exactement le même schéma à chaque niveau de l’organisation. Ce n’est pas un phénomène « top-down ». Et oui probablement certains leaders émergent et catalysent la chose ; mais mettre toute la responsabilité sur le leader, c’est oublier le processus par lequel le leader est arrivé. Donc non, nous ne pouvons pas nous en sortir aussi facilement.

Quelque chose s’est produit, quand les nazis commençèrent à perdre la guerre…

Ou plutôt, voilà ce qu’auraient dû faire les nazis, s’ils avaient vraiment voulu gagner la guerre. Ils auraient dû emprisonner juifs et gitans, et les faire travailler. Ils auraient dû les faire travailler au service de la victoire. Puis ensuite seulement, si c’était leur désir, les éliminer.
C’est la chose logique à faire si vous voulez gagner. Et nous supposons toujours qu’Hitler voulait gagner. Mais ce n’est pas une supposition très intelligente. Pourquoi prendre cette hypothèse ? Il n’était pas exactement ce qu’on pourrait appeler « une bonne personne ». Donc pourquoi lui attribuer des objectifs louables ? Même ceux qu’il affichait lui-même : un règne glorieux et infini du troisième Reich, bastion de la civilisation et de la musique – car c’est ce qu’il prétendait.

Mais que faisons-nous donc des juifs et des gitans ? Les rassembler ? Ok.

En faire des esclaves ? Ok.

Mais vous ne les tuez pas.

Dans tous les cas, vous ne consacrez certainement pas une part significative de vos ressources de guerre, alors que vous êtes en train de perdre, pour accélérer le rythme auquel les exterminations ont lieu ! Car c’est contre-productif. A moins que votre objectif soit en fait : le maximum de destruction possible, dans un minimum de temps.

Donc que s’est-il passé quand les allemands ont commencé à perdre la guerre ? Hitler a-t-il commencé à douter de ces propres capacités ? Non. Pour lui les allemands l’avaient trahi par leur faiblesse, et donc il était parfaitement enclin à accélérer le rythme auquel l’Allemagne perdait la guerre.

Donc lorsqu’Hitler et ces minions furent confrontés à un choix :

  1. Suspendre l’extermination non nécessaire de personnes, gagner la guerre, puis reprendre après. Ou
  2. Pendant que vous perdez, accélérer la destruction, même si c’est contre-productif.

Qu’ont-ils choisi ? Accélérer la destruction.

Cela m’évoque une idée, un principe psychanalytique. Si vous n’arrivez pas à comprendre ce que fait quelqu’un, ou pourquoi il fait ce qu’il fait, regardez le résultat, et déduisez-en la motivation. Si le résultat est la destruction, peut-être que l’objectif initial était la destruction. Bien sûr, il faut faire attention avec ce dictum. Si quelqu’un vous agace, c’est peut-être que vous êtes particulièrement irritable et que vous devez vous remettre en question. Mais il se pourrait aussi que ce soit précisément leur objectif, vous irriter… Et peut-être que non… Mais c’est un outil supplémentaire dans votre arsenal d’analyse.

D’autre part, ce qui est intéressant à propos de la guerre, c’est que vous pourriez l’attribuer à la territorialité, vous pourriez l’attribuer à une guerre pour des ressources. C’est ce que disent certains économistes : que les gens se battent pour des ressources. Je pense que nous sommes un peu plus sophistiqués que ça. Et puis tout d’abord, de quelles ressources parlons-nous ? Les Inuits n’avaient presque rien, et ils vivaient très bien. Vous savez, les gens peuvent vivre dans des conditions extrêmes. Et l’idée selon laquelle il y a des ressources naturelles qui provoquent des conflits, car il n’y en a pas assez, me semble être une explication trop simpliste face à la complexité des êtres humains.

Mais pourquoi donc les gens se battent-ils ?

Eh bien peut-être parfois, ils se battent pour de bonnes raisons. Mais très souvent, ils se battent pour de mauvaises raisons. Et ces mauvaises raisons sont personnelles, et aussi socio-culturelles et économiques…

Vous savez, si vous étiez surveillant à Auschwitz par exemple, quelle que soit votre pathologie, au fond de votre petite âme destructrice – quel que soit l’élément de Caïn, profondément ancré en vous – ils avaient la possibilité de s’exprimer librement à chaque instant. Vous aviez ces personnes complètement à votre merci, qui n’avaient aucun droit, auxquels vous pouviez faire tout ce que votre vilain petit cœur pouvait imaginer. Peut-être que c’était cela la motivation, depuis le début, pour les y mettre. Et toutes ces belles histoires de façade, nous voulons construire le troisième Reich, nous voulons stabiliser l’état, nous voulons faire toutes ces bonnes choses, peut-être que ce ne sont que des excuses pour cacher les vraies motivations, qui sont…

Mais qui sont quoi ?

La construction de camps de la mort ayant exterminés 60 millions de personnes

Que pensez-vous de ça ?

Et l’éradication de 120 millions de personnes partout dans le monde.

Et l’état de l’Europe, en ruine.

C’était peut-être ça l’objectif.

Ou allons-nous attribuer à Hitler les intentions les plus nobles qui soient ? C’est la même chose que dans l’histoire de Caïn et Abel. Bien sûr on vous dira le contraire, que c’est pour le / votre bien, que c’est pour vous sauver. Mais ces personnes vénèrent Caïn.

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